Les Nancyphonies proposent chaque été un parcours musical intense aux festivaliers. Une programmation de haute volée, une atmosphère conviviale et des initiatives surprenantes mêlant les formes et les répertoires positionnent le festival comme l’un des événements culturels majeurs du Grand Est.
Propos recueillis par Jean-Louis ANTOINE en août 2006
Les Nancyphonies dans le top dix
Après une remarquable édition, le festival et l'académie confortent leur réputation.
De la Colombie à la Sibérie, courant le monde à raison d'une soixantaine de concerts par an, enseignant pêle-mêle à Paris, Nancy et Lyon, Hugues Leclère, 38 ans, veille avec une exigence ambitieuse sur son enfant.
Dotée d'un budget global de 700 000 €, l'édition 2006 des Nancyphonies s'est bien déroulée tant sur le volet pédagogique que sous l'aspect des concerts. « Nos 43 professeurs ont accueilli 395 stagiaires pour leur dispenser 4.000 heures de cours » résume Hugues Leclère.
Les élèves qui acquittent un ticket de 900 € pour l'hébergement, l'instrument, les cours, la musique de chambre, l'encadrement et l'accès aux salles apprécient la formule.
9.000 spectateurs
« Nous cultivons deux objectifs », affirme Hugues Leclère : « leur permettre de rencontrer des professeurs ordinairement peu accessibles et les plonger dans un rythme de musicien professionnel ». Exigeant, le programme de chaque jeune musicien agit comme une épreuve de lucidité pour jauger des motivations ou des talents. Personne ne sort indemne d'une journée où s'enchaînent 3 heures de répétition, 2 heures de musique de chambre, un après-midi de cours et une interprétation publique le soir.
Le révélateur est implacable. D'aucuns franchissent l'obstacle en nourrissant de belles promesses. Il en va ainsi de deux jeunes pianistes de Nancy, Laurent Durupt et Romain Descharmes ou du flûtiste Julien Bourin qui ont successivement endossé les tuniques d'élèves, puis de professeurs, enfin de concertistes dans les pas d'Hugues Leclère.
« Je suis heureux », confesse ce dernier. « La réputation de notre académie nous place dans le top dix aux côtés des grands rendez-vous autrichiens », assure l'ancien élève de Louis-le-Grand qui, sous le sceau de la confidence, avoue « avoir rencontré la musique un soir de contemplation face au Panthéon ».
Second versant de la montagne « nancyphonienne » : le festival public. « Les choses ont merveilleusement marché jusqu'à l'arrivée du mauvais temps. Durant la première partie, nous étions à + 50 % de fréquentation. Au final », concède Hugues Leclère, « nous avons attiré plus de 9.000 spectateurs contre 8.691 en 2005 pour 47 affiches contre 50 l'année précédente. En terme de résultats, nous bouclons avec 40.000 € de recette contre 36.000 l'an dernier », ajoute - t - il.
Un public exigeant
Les sujets de satisfaction sont nombreux dans les arcanes de la manifestation. « De grands artistes ont pris l'habitude de revenir. Ils sont en confiance, plus décontractés, mieux préparés. Le gain qualitatif dans les interprétations s'en trouve conforté », explique Hugues Leclère. Il oublie d'ajouter que certain par amitié et affinité pour Nancy ont revu très à la baisse les exigences sur leurs cachets. Brigitte Engerer ou Michel Béroff sont de ceux-là.
« Nous ne sommes pas à Aix-en-Provence et nous ne pouvons pas offrir des sommes considérables », confirme Hugues Leclère. « Mais ils aiment venir ici parce que le public d'amateurs formés à de grandes pointures l'hiver, est exigeant. Et parce que l'auditoire constitué de jeunes stagiaires connaisseurs ne laisse rien passer ».
Bien relayée par l'équipe de stagiaires qui a sensiblement amélioré les scores de ventes de billets à l'Office du Tourisme et par les mécènes TDF, SCREG Est et Saint-Gobain, qui ont fourni leur lot d'aficionados, la fréquentation des salles a bien marché. « Les grandes pointures ont toutes joué à guichets fermés et nous n'avons pas connu de « bides » », commente Hugues Leclère.
Un seul regret : n'avoir disposé de la salle Poirel qu'une seule fois avant chantier. « Le public, comme les interprètes, adore Poirel et les grands salons de l'hôtel de ville. Le temple est un peu plus rude : nous confectionnerons des coussins l'an prochain », promet l'organisateur.
Autres pistes couchées sur l'agenda 2007 : deux sessions d'enseignement plutôt que trois, un démarrage début juillet après la fête du cinéma pour capter les étudiants, l'intégrale des concertos de Rachmaninov, un relais de concerts sur les places du Grand Nancy et l'instauration d'un Prix de la Critique.
Alors que notre société affiche ostensiblement une aspiration pour une existence différente, plus sensible, authentique, respectueuse de son avenir et des autres, une certaine industrie culturelle semble frappée d'autisme et continue de proposer les mêmes productions stéréotypées, composées d'ingrédients fades et grossièrement accommodés. En dégustant cette année les spécialités musicales préparées par l'équipe des Nancyphonies, vous pourrez je l'espère reconnaître la saveur très particulière d'une forme de développement durable : des salles à taille humaine aux acoustiques adaptées, des artistes au talent intègre, des prix de place très modérés, un budget réaliste autofinancé à 75%, une communication maîtrisée et non dispendieuse... Et sans aucune concession qualitative. Les 39 concerts de l'édition 2009 réuniront plus d'une centaine d'artistes d'exception, avec entre autres Alexander Paley, le Streichquintett du Berliner Philharmoniker, Gérard Poulet, Michaël Levinas ou encore Paul Badura-Skoda. La Rave du classique fêtera sa 5ème édition dans un lieu insolite de Nancy et tenu secret.
Incapable de synthétiser le talent, de capter la magie de l'émotion, le marketing culturel cherche pourtant à appliquer une forme de modèle marchand, basé sur un rationalisme économique efficace. Communication massive, starification des acteurs culturels, scénarisation des carrières, recherche de la performance... l'arsenal est impressionnant et devrait avoir déjà placé en coupe réglée le monde culturel.
Mais l'Art s'échappe toujours, se recrée, se dissémine, parvient à pousser sur presque tous les sols s'il y trouve sa juste nourriture. Il vient toucher la part la plus sincère et intime de notre être, sans jamais rien imposer, et celui qui en a goûté les fruits ne peut plus s'en passer. La société s'en empare alors avec jubilation, sans complexes, explosant les règles et les cadres.
Les 15 concerts gratuits offriront des espaces de rencontre inédits, au travers du cycle des Musicales de Stanislas à Nancy comme à Maxéville et Villers-lès-Nancy, qui accueilleront le Festival cette année encore.
Enfin, deux soirées avec l'orchestre de Toscane rassembleront l'intégrale des concerti avec piano de Beethoven, clôturant ce riche parcours d'un grand final romantique.
Cette aventure ne pourrait exister sans l'investissement constant d'une équipe dévouée, la confiance des collectivités publiques et le soutien fort de mécènes éclairés. Qu'ils soient tous ici chaleureusement remerciés.






















