Ce lorrain, romancier, poète et musicien a enchaîné les succès dès 1972 avec les Gauloises bleues. Après un intermède littéraire de 1977 à 2007, il remonte sur la scène devant des salles combles et comblées. Le 12 mars 2008, il retrouve les planches de l’Olympia pour un concert de plus de 2 heures avec ses classiques tels que Amazoniaque mais aussi les titres de son dernier album.
Propos recueillis par Jean-Paul Germonville en octobre 2007
Yves Simon « standing ovation »
Après trente ans d'absence, il retrouve la scène avec une douzaine de nouvelles chansons autour des classiques de sa longue histoire en musique.
Tout a recommencé par les Francofolies en juillet !
- Ne pas m'être produit sur une scène depuis trente ans c'est comme si je n'en avais jamais fait. J'y suis allé en reculant. Plus le jour fatidique arrivait, un vendredi 13, et plus je pensais « pourquoi j'ai accepté » et durant les dernières heures, je n'étais vraiment pas bien. Une chose a tout bouleversé, m'a poussé à continuer aux Francos de Spa. Le trac s'est envolé à la seconde où je me suis retrouvé devant les gens. J'ai eu droit chaque fois à une standing ovation. A La Rochelle, mille personnes qui se lèvent sans que j'ai dit un mot ni même joué une note de guitare, juste un salut. J'étais bellissime pour le récital !
Ces concerts ont fait monter l'impatience pour la sortie de l'album !
- Une sorte de teasing est venu bien avant. Depuis trois mois à peu près suite aux compte rendus et autres articles. La télé et des radios ont fait des sujets quand j'étais là-bas. C'était effectivement très important qu'il se passe quelque chose en amont.
« Caravansérails »
Vous avez continué à pratiquer régulièrement la musique.
- Comme je l'explique, ce disque est né dans un contexte particulier mais il ne se passe pas une journée sans que je prenne ma guitare pour interpréter n'importe quoi, de vieux titres, des chansons d'autres ou improviser ce que je fais souvent. Il y a le piano aussi, moins. Je vis dans un appartement de quatre pièces et il y a des guitares dans chacune d'elles.
Dans « Les oursons blancs » , vous évoquez l'écologie.
- Je l'ai fait souvent par le passé mais de façon différente. Cette chanson fait partie des deux dernières écrites avec « Je t'emmènerai » où Il y a des mots que j'aime beaucoup comme « caravansérails ». J'avais envie de le placer depuis longtemps. Il figurait déjà dans mon premier roman. Quant aux oursons, ils sont venus naturellement. J'ai eu l'image de gens les tenant dans leurs bras, ce qui est possible. Il ne s'agit pas d'une chanson militante, c'est l'air du temps. Quand les journaux écrivent un article sur le réchauffement de la terre, ils ne disent pas « Attention ! Attention ! » et pourtant ça signifie ça également. Parlons d'un poème sur l'actualité.
« Du sang dans la bouche »
Ce duo avec Angela Molina ?
- J'avais composé « La rumeur » en sachant dès le début qu'elle serait parlée. Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi d'y mêler l'espagnol. Il fallait une voix de femme. Je suis ami avec Tony Gatlif, il a beaucoup vécu dans ce pays avant de gagner la France après son départ d'Algérie. Je lui ai fait écouter la maquette, la seconde voix était celle d'une Française avec, donc, l'accent. Il m'a expliqué : « Il faut qu'elle ait du sang dans la bouche pour dire ces mots là ! » Et il continue : « J'en connais une, Angela Molina ». Elle a joué avec Bunuel, Almodovar. Ce doit être elle, une belle personne. Je l'ai appelée, ça c'est fait tout seul. En plus, elle tournait un film à Paris.
Et Françoise Hardy !
- Sa participation s'est faite tout naturellement. Je trouvais que j'aurais pu lui proposer « Aux fenêtres de ma vie ». Je sais qu'elle aime écrire ses paroles. Je rêvais depuis longtemps de collaborer avec elle mais elle a la dent dure, capable de dire « ton truc est nul ». Je craignais son verdict. Je lui ai envoyé un vendredi et le mardi suivant j'avais un mail : « d'accord ! ». Et au final, nos voix se mêlent vachement bien. Elle a créé des contre-chants ce que j'ai des difficultés à réaliser. Magnifique !
Autre femme: Marguerite Yourcenar !
- J'ai failli ne pas mettre cette chanson. Au départ, mon interprétation faisait un peu rive gauche. J'ai trouvé ensuite des riffs de guitare acoustique qui sonnent un peu celtique. Hommage à l'écrivaine que j'admire mais surtout hommage à la première femme académicienne dans cette société d'hommes depuis quatre siècles.
La première fois d'YvesSimon
Il n'avait jamais chanté à Nancy, la ville de ses années
étudiantes. L'oubli va être réparé.
En 1977, il devait se produire salle Poirel, l'une des ultimes dates d'une
interminable tournée partagée entre la France, le Japon, l'Allemagne, le Canada. Le tout
entrecoupé par l'enregistrement d'un album et de la chanson générique, devenue
un tube, du film "Diabolo menthe"... « Je n'en pouvais plus, j'ai
renoncé à continuer et annuler les dates qui restaient. » Plus qu'un paradoxe à
l'époque où, au détour d'un refrain de "Où es tu ?", il racontait : «
Hier soir à Nancy, moi je chantais, le vieux Stanislas me regardait ».
Puis les enregistrements se sont espacés pour se consacrer à une carrière littéraire
menée en parallèle. Couronnée par plusieurs prix dont le Médicis pour "La
dérive des sentiments".
Sorti à l'automne de l'année dernière, un CD - inespéré ? - avait été précédé
par un concert, le premier depuis plus de trente ans, aux Francofolies de La Rochelle, puis à celles
de Spa, en Belgique. Un Olympia, tout aussi triomphal a suivi, confirmant la
rumeur d'une future tournée.
Elle est commencée depuis un moment déjà, passée par la Suisse, la Normandie, au Palais des
Festivals de Cannes avec pour première partie Suzanne Vega. Le principal
intéressé confesse, ravi : « Il s'agit pour moi d'un bonheur total. Avant, je
n'aimais pas trop être sur scène. J'avais trop peur ! » Aux
"Francos", comme dans l'illustre music-hall du boulevard des
Capucines, le public l'a accueilli debout. Une interminable standing ovation. «
Après avoir vécu cela, je ne peux que me sentir bien devant le public. »
« On ne revisite pas de façon innocente les
traces de son adolescence »
Le reste est un délice, un instant rare, intime parce que ne cultivant pas les
travers du business. Entre YvesSimon, qui se raconte avec une énorme charge de
sensibilité entre deux titres, et les spectateurs s'installe une complicité
rare. Le plaisir et l'émotion sont les mêmes en se laissant porter par une
dizaine de titres de sa dernière réalisation et la quinzaine de classiques
ayant jalonné sa longue aventure musicale, entre "Le Pays des Merveilles
de Juliet" et "Les fontaines du Casino".
Voilà longtemps, lors des prémices de cette histoire, il avait assuré la
première partie de Bécaud à "Contrex", chez lui, celle de Brel au
casino de Vittel.
Quant à Nancy, rien ! Même pas le souvenir d'avoir fait la manche lors de ses
années très bohèmes de vie universitaire, quand la fac des lettres se situait encore
place Carnot, que ses étudiants squattaient les banquettes du bar l'ACA, se
retrouvaient à l'A.G., tout à la fois salle de rencontre, de spectacle et resto
U. « Dans mon premier roman, "Les jours en couleurs", le héros se
trouve à Paris durant la première partie avant de regagner Nancy où je
l'installe dans ces lieux ».
Le concert de Poirel prend, bien sûr, une dimension particulière pour YvesSimon,
à la fois heureux et ému parce qu'« on ne revisite pas de façon innocente les
traces de son adolescence... J'essaie de bien me souvenir de ce que je me
rêvais alors. Ce que j'ai eu est beaucoup mieux. J'ai été l'ami d'un président,
François Mitterrand, j'ai fait l'Olympia, j'ai écrit, chanté, parcouru le monde
! »
Et puisqu'il est question de Nancy, impossible de ne pas rappeler la
participation au Festival du Théâtre Universitaire impulsé par Jack Lang avec
un rôle dans "Les femmes" d'Aristophane. « J'ai même suivi les cours
du centre d'art dramatique local. »
Un peu d'actualité pour finir : un futur CD est prévu en 2010 précédé par la
sortie au début de l'année prochaine de deux livres. Une biographie de Jack
London et "Un jour, un homme ordinaire", petit bouquin sur son papa
déjà largement immortalisé dans ses chansons... « Mon père travaillait. Il
rêvait de l'Orient, de la Perse
en serrant les éclisses des traverses, sur les bords d'la Moselle ».
De rumeur en rumeur
La sortie du dernier album d'YvesSimon s'est accompagnée de la parution d'un
petit livre de témoignages. Extraits !
• La jolie élégance
« On l'attendait ; on le désirait de ses infinies délicatesses. Il est là, le
voilà ; à glisser dans un cadre, une de ces garnitures ovales où restent
quelques photos jaunies de la bonne éducation, de la jolie élégance de ceux qui
parlent doucement, se penchent à votre épaule, chuchotent et vous enlacent dans
un soupçon de douceur sucrée... »
Gérard Manset
• Hâte de te revoir
« Il y a des gens, à leurs côtés et même lorsqu'ils sont loin, dont l'énergie
positive vous donne des ailes. Avant de te connaître Yves, j'étais déjà ton ami
au travers de tes textes, de tes musiques et de notre amie commune Juliet
Berto. J'ai hâte de te revoir. »
Tony Gatlil
• Au-dessus des précipices
« Lorsque Yves me parle, j'ai toujours le sentiment qu'il murmure dans mon
oreille, que ce qu'il me dit, il ne le dit que pour moi seul, de sa belle voix
d'équilibriste, cette voix qui chemine comme sur un fil au-dessus des
précipices de la vie et de l'âme... »
Philippe Claudel
• Il lit ou écrit
« Toujours ce besoin de visualiser... Là, en pensant au prochain album d'Yves,
me revient cette "séquence" : il est assis dans un aéroport, il lit
ou écrit, je ne vois pas. A ses côtés, un type mal rasé s'endort et s'affaisse
sans cesse contre lui. En le retenant il découvre le visage du type assoupi sur
son épaule : Jean-Luc Godard... »
Ernest-Pignon-Ernest
• La douceur et l'harmonie
« C'est un homme de coeur dont le coeur glisse de la poésie à la chanson, de la
fantaisie à la réflexion, de la musique à la littérature. Les voyages nous ont
fait nous croiser. De Séoul à la rue Bonaparte à Paris, nos rencontres m'ont
enchanté. Son élégance, la douceur et l'harmonie qu'il génère, m'ont toujours
séduit... »
Jean-Michel Wilmotte
• "Rumeurs", YvesSimon, Barclay.
Jean-Paul GERMONVILLE
BIOGRAPHIE
Les parents d'Yves Simon lui offrent un accordéon diatonique à l'âge de huit ans. Après le bac, il s'inscrit à la faculté de lettres à Nancy, puis à 19 ans, il monte à Paris pour s'inscrire à l'université et préparer le concours d'entrée à l'IDHEC (l'école de cinéma). Après un diplôme de lettres, il part voyager en Europe et aux USA.
Il enregistre deux 33 tours en 1967 (Ne t'en fais pas petite fille) et en 1969 (La Planète endormie), qui passent inaperçus.
Parallèlement, il écrit des romans. En 1971, paraît Les Jours en couleur, puis L'homme arc-en-ciel. Ce sont des succès. Il va travailler pour le magazine Actuel et pour la radio Europe 1.
En 1972, il sort un 45 tours : Les Gauloises bleues. Il va faire la première partie de Goerges Brassens. Puis de Maxime Le Forestier et Philippe Chatel.
Les succès vont ensuite s'enchaîner tant en disques (Au Pays des merveilles de Juliet, Grand prix de l'Académie du disque, etc.) qu'en romans. Néanmoins, fin 1977, il abandonne la scène, qui lui prend trop de temps et d'énergie. Il continue de composer avec un rythme moins soutenu et préfère se consacrer prioritairement à la littérature qui lui assure une renommée saluée par la critique (Prix des Libraires en 1988 puis Prix Médicis en 1991) et un succès public. En juillet 2007, il renoue avec la scène après 30 ans d'absence aux Francofolies de La Rochelle puis de Spa devant des salles combles et comblées.
Le 12 mars 2008, trente ans après, il remonte sur les planches de l'Olympia, pour un concert de plus de 2 heures où s'enchaînent principalement les titres de son dernier album, mais aussi les classiques que sont Amazoniaque, J'ai rêvé New York, Diabolo menthe, et Au pays des merveilles de Juliet. Très à l'aise, il rendra hommage à ses influences : Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Bob Dylan, The Rolling Stones et The Beatles. Serge Perathoner, fidèle compagnon, est au piano et claviers.
DISCOGRAPHIE
1967 : Ne t'en fais pas petite fille
1967 : T'as pas changé tu sais (33 tours)
1968 : Eventualités/Lettre à mon père (45 tours)
1968 : Des glaçons dans mon dos/Aime-moi aime-moi (45 tours)
1969 : la planète endormie
1970 : je volais son âme (33 tours)
1973 : Au pays des merveilles de Juliet
1974 : Respirer, chanter
1975 : Raconte-toi
1975 : Concert au Théâtre de la Ville, avec Transit Express
1976 : Macadam
1977 : Un autre désir
1977 : Concert à Tokyo
1977 : BO du film de Diane Kurys, Diabolo menthe
1978 : BO du film de Diane Kurys, Cocktail Molotov
1978 : Demain je t'aime
1979 : Participation à l'album collectif Émilie Jolie
1981 : Une vie comme ça
1983 : USA/USSR (Amazoniaque)
1985 : De l'autre côté du monde
1988 : Liaisons
1991 : Intégrale 10 CD reprenant les albums studio RCA depuis 1973 et le live à Tokyo
1992 : BO du film de Diane Kurys, Après l'amour
1999 : Intempestives
2007 : Rumeurs
Yves Simon considère que Rumeurs est son douzième album studio et fait donc remonter ses débuts discographiques à l'album studio de 1973. Tous les albums depuis 1973 sont téléchargeables sur les plateformes sauf les BO.






















