Originaire du Jura, Thiéfaine est un traducteur du mal profond de notre millénaire.Plusieurs fois disque d’or, il est un auteur incontournable de notre époque.Sa carrière a démarré dans les années 70 et ses créations musicales ont connu un certain succès.Citons : " Lorelei sebasto cha " en 1982, ses albums miroirs " La tentation du bonheur (1996) le Bonheur de la Tentation (1998) et son " Scandale mélancolique " (2005).En mars 2009 sort un best-of avec un titre inédit, " Annihilation ".
Propos recueillis par Jean-Paul Germonville en avril 2006
Thiéfaine : « un grand bonheur »
Jamais il ne s'est senti aussi bien sur scène, avec autour de lui une formule « power rock », alors que son dernier album va être consacré disque d'or.
On vous retrouve live dans une formule inédite.
A l'origine je devais tourner avec Philippe Paradis. Il avait monté une formation avant de renoncer à cause de problèmes personnels. J'ai dissous le groupe qu'il avait formé pour en créer un autre. On est proche du power trio que je voulais au départ. N'étant pas moi-même guitariste, nous sommes quatre, le minimum que je peux avoir sur scène pour que le son pète. Depuis tout petit je voulais être le chanteur d'un groupe de rock, c'est fait. J'ai réussi à éliminer le chef d'orchestre, l'arrangeur qui ne m'avaient amené que des requins. Pour une fois j'ai vraiment monté un band où chacun fait son job. C'est un grand bonheur ! Il s'agit certainement, sans m'avancer, du show où je me sens le plus à l'aise parce que je suis particulièrement bien entouré. J'ai moins le trac qu'avant. Je sors d'un Tour en solitaire où tout reposait sur moi et ma six cordes.
C'est redevenu plus confortable !
Oui et non parce qu'il ne faut pas empoisonner les musiciens. A partir du moment où ils me font confiance, je dois le faire pour eux en retour.
Cette tournée va se prolonger jusqu'à l'automne !
Durant l'été, des festivals figurent également au programme et puis on m'a demandé d'organiser un événement pour le bicentenaire de Nicolas Ledoux à Arc-et-Senans. Je devrais y faire ce que je n'ai pu pour l'inauguration du Zénith de Dijon, un concert avec des invités. La date retenue tombe le jour de mon anniversaire, le 20 juillet. Je vais avoir tous les potes sous la main.
Justement, vous aviez parlé à la sortie de « Scandale mélancolique » de vos deux seuls amis dans le métier...
Paul Personne et Bertignac, je parlais de ceux de ma génération. D'autres sont venus s'ajouter mais c'est vrai que dans la nouvelle génération une cinquantaine de personnes se revendique de moi. Une histoire plutôt jolie, de quoi avoir la pêche. Je suis invité sur scène par les Tryo. Je reçois un tas de messages des Matmatah. Lors de son passage à Dijon, j'ai chanté avec Cali. On était déjà tous les deux ensemble aux Victoires avec Bénabar et on a foutu un beau bordel à l'after show. Je me retrouve à mes débuts quand j'avais leur âge et c'est géant. Je commençais à être un peu blasé, fatigué, ils m'ont redonné une vigueur en disant juste « Papa on t'aime ! » Je suis le grand frère, un peu tout ça. J'avais rencontré M, qui est depuis venu jouer sur l'album, à La Rochelle. Nous étions dans un restaurant pratiquement vide. Il mangeait de l'autre côté avec son équipe et, en me voyant, a traversé toute la salle pour m'embrasser. On ne s'était jamais vu auparavant.
Et cette nomination aux Victoires !
J'y allais pour jouer. Je ne me voyais pas me lever, traverser la moitié du Zénith pour aller chercher un trophée. Evidemment pour les gens qui t'entourent, ceux de la maison de disques, ceux de Lorelei Productions, de Lilith Edition, ça aurait été de la fierté. Je ne suis pas prix, mais quand on m'a attribué celui de l'académie Charles-Cros j'ai été vachement ému. Toutes les idoles de mon enfance, de ma jeunesse l'avaient eu... Les Pink Floyd, les Doors, Higelin, Ferré, Hugues Auffray. Charles Cros a été un immense personnage. En tant qu'inventeur, n'étant pas moi-même technicien, difficile de me prononcer, mais le poète ! Il a appris à Rimbaud l'alchimie. Sans lui, « Le sonnet des voyelles » n'aurait pas existé.
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Thiéfaine entre scandale et mélancolie
Entouré d'une garde rapprochée de compositeurs de la « jeune génération », il sort un album imparable.
On retrouve sur « Scandale mélancolique » huit compositeurs
différents...
- Il y a eu l'album « Les fils du coupeur de joints » où de jeunes
chanteurs reprenaient certains de mes titres. J'avais déjà eu pas mal de
contacts avec des gens de cette génération auparavant. C'était une occasion
unique de me consacrer juste à l'écriture, de voir ce que ça pouvait donner.
J'ai fait trois tournées depuis le dernier album, c'est plus facile de travailler
avec un ordinateur dans une chambre d'hôtel que sur une guitare à 4 h du matin.
De fil en aiguille, cette formule s'est imposée. On n'a pas systématiquement
réussi du premier coup. Il y a eu des essais infructueux. Le résultat est là !
Philippe Paradis signe plusieurs mélodies. Celles qui vous ressemblent le
plus !
- Je lui ai envoyé un texte et tout de suite ça a collé. C'était il y a
deux ans bien avant le début du tour en solitaire. Nous avons décidé qu'il
réaliserait et apporterait l'unité de l'album. Philippe m'a très vite analysé.
Sur la tournée, il a connu mon environnement, le public. Il a saisi mes envies.
Nous avons beaucoup parlé. A l'exception d'une musique envoyée à Boris Bergman,
nous avons toujours commencé par les textes.
« Je fréquente peu de gens »
Une méthode également employée quand vous travaillez seul ?
- Sur les derniers, c'était plutôt paroles et musique en même temps. Cette fois
aussi, j'ai fait des mélodies sur les mots mais je les gardais. J'ai besoin
d'un accompagnement de guitare, je n'écris pas de la littérature, pas des
poèmes mais des chansons. Je me suis aperçu qu'en restant trop longtemps devant
mon ordi, le résultat était trop travaillé.
Tout était en place pour l'enregistrement ?
- Je n'entre pas en studio en me disant « On verra ». Je suis très
économe, je n'aime pas gaspiller. Et pourtant pour la première fois, je l'ai
fait avec la moitié des titres musicalement. Sur certains, plusieurs
compositeurs ont travaillé et le premier a gagné. Raphaël, par exemple, est
arrivé deux jours trop tard pour « L'étranger dans la glace ». Nous
adorons, de toute façon, ce qu'en a fait Jérémie Kisling. Dans cette nouvelle
génération, contrairement à la mienne, ils se connaissent tous. Ils ont un vrai
contact, n'en sont pas à se tirer dans les pattes. Moi, à part Paul Personne,
Boris Bergman, Louis Bertignac... je fréquente peu de gens.
« Gynécées », le duo avec Cali figure également sur son album...
- Je l'ai rencontré dans un festival. J'avais joué la veille et je récupérais
ma voiture garée derrière la scène où il s'installait. J'avais pensé à lui pour
le disque et je suis allé lui proposer. Il a flashé sur le texte. On s'est
retrouvé en janvier pour enregistrer et en septembre à Perpignan pour un gala «
SOS Papa » qu'il organisait avec sa famille. Je l'adore. Il a une vraie
personnalité en dehors de la scène. Sur les planches, son regard devient
hypnotique.
« Je me sens beaucoup mieux »
Il est encore beaucoup question des aspérités de la vie !
- A 18 ans, je disais déjà la même chose. Il me manquait l'expérience mais
j'avais tout compris. Dans les années 70, ma disponibilité d'esprit me
permettait presque d'attaquer l'avenir, de prévoir certains événements. J'ai un
peu perdu cette maîtrise des choses. Une fois de plus ce n'est que ma vision.
Vous évoquez vos parents dans « When Maurice meets Alice ».
- C'est venu comme ça. Je l'avais fait sur mes enfants, ma compagne, celles
d'avant. Ils manquaient à l'histoire. Peut-être que je m'approche de l'âge qui
était le leur quand je les ai vraiment connus.
Le temps qui passe !
- J'avais l'impression d'être un vieillard à 18 ans, aujourd'hui je me sens
beaucoup mieux. Depuis que j'ai arrêté les excès, que j'ai un peu canalisé,
physiquement ça colle. Je n'ai pas de nostalgie, des gens parlent de leur
service militaire, de leur vie d'étudiant... moi pas !
"Pour que tu comprennes mieux"
"Jours d'Orage", la première biographie sur Thiéfaine paraît début novembre.
Même si « Hubert » n'en est pas convaincu, ce livre manquait. A
l'exception d'une monographie dans la collection « Poésie et Chanson » de Seghers parue en 1988, il n'existait rien de vraiment consistant sur lui. «
Jours d'Orage » que s'apprête à publier Fayard constitue une façon unique
de suivre le parcours de cet artiste aussi atypique qu'attachant, arrivé à la
musique par Ferré, Dylan et les Stones.
Jean Théfaine, ancien responsable du service culturel d'« Ouest France » et journaliste à « Chorus », a mené un impressionnant travail
d'approche. Les deux hommes se connaissaient suffisamment pour qu'un vrai
rapport de confiance s'établisse. Ils se sont rencontrés à de multiples
reprises chez Thiéfaine«
jusqu'aux heures pâles de la nuit comme le disait Ferré », commente
l'auteur qui poursuit : « Ce qu'il exprimait était tellement fort ». Pas
de non-dit mais des échanges complices que le chanteur ponctue de « je te
dis ça pour que tu comprennes mieux ».
Ecrire sur Hubert-Félix Thiéfaine, être
pudique et naturellement complexe, constitue une démarche difficile. « On ne
peut dire que sa vie est un long fleuve tranquille mais il a su se rendre
disponible ». Le livre commence par le retour à Dole, cadre de l'enfance.
Viennent ensuite l'adolescence, la vie étudiante et la bohème parisienne.
Autant d'épisodes jamais évoqués ou presque mais qui ont forgé l'homme. Tout,
ensuite, témoignages à l'appui, s'articule autour d'une aventure
professionnelle rare contée, ici, avec un éclairage original et servi par une
vraie plume. On est loin des traditionnelles et banales biographies et pas
seulement parce que le sujet ne l'était pas. dans le Jura. Très
vite, la simple interview a cédé le pas à des discussions enfiévrées
•« Jours d'Orage », Fayard, à paraître le 2 novembre.
•« Scandale mélancolique », Hubert-Félix Thiéfaine,
RCA - Sortie le lundi 17 octobre.
Alors cette biographie !
- Le bouquin ne m'appartient pas. Ce n'est pas facile à assumer. Je n'ai
pas de regard sur le passé ni sur le présent d'ailleurs. J'aime l'avenir. Me
replonger dans tous ces trucs inutiles m'a perturbé. J'ai même pris une colère
une fois. Comme disait Jim Morrison, « Le public est un vampire tranquille ».
Il attend avec impatience le viol. Je suis un professionnel. J'ai toujours
placé ma musique avant tout depuis l'âge de douze ans. Je n'ai pas beaucoup de
souvenirs mais il y a tellement de témoins qui peuvent raconter n'importe quoi.
Je comprends mieux les inexactitudes dans les journaux. La façon dont
différentes personnes voient le même événement, ça va du pôle nord au pôle sud.
Les mecs ont une imagination insoupçonnable. Heureusement que je me suis bien
entendu avec Jean Théfaine, l'auteur, pour analyser certaines situations.
Vous l'avez relu, c'est douloureux ?
- J'ai déjà connu physiquement cette sensation avec Jean. On est allé à Dole, c'était
abominable. Je l'ai emmené où j'étais en pension et dans divers autres lieux.
ça ne m'intéresse pas du tout. Derrière moi, il y a une porte blindée, il a
fallu que je l'ouvre comme un coffre-fort pour aller voir au-delà. Je préfère
faire un bouquin sur le futur ou écrire ma « bio » mais d'une façon
complètement cinglée, surréaliste. J'y ai déjà pensé. Puisque de toute façon,
ceux qui pensent avoir la vérité la déforment, autant aller à fond dans
l'interprétation des faits réels et arriver à quelque chose de scandaleux, de
provocateur.
Un éternel sommeil
« On a tellement piraté mon dernier live que je n'ai plus envie d'en faire.
Je les garde, ça fera des disques posthumes. J'en prépare quelques-uns. Il faut
bien que mes gosses vivent, qu'ils aient quelques revenus pour finir leurs
études.
Vous pensez à des choses comme celles-là !
- Toujours si on n'envisage pas sa mort, on ne peut envisager le futur. Je
sais que je ne suis pas immortel et je m'y prépare. C'est une forme de plaisir
parce que j'aime bien la mort. Je suis trop insomniaque et j'ai envie de
dormir. Ceux qui ont essayé l'opium, ceux qui ont connu le coma éthylique
savent ce que c'est que dormir. Je vois la mort comme ça, paisible. S'il y a un
Dieu de l'autre côté, je le décapite en arrivant, j'ai envie d'être tranquille,
de dormir. Mon sommeil sera éternel ».
Jean-Paul Germonville
BIOGRAPHIE
Hubert-Félix Thiéfaine, dit HFT, est un auteur-compositeur-interprète français né à Dole dans le Jura le 21 juillet 1948.
Hubert-Félix Thiéfaine a connu un succès relativement important tout au long de sa carrière : plusieurs de ses disques ont été consacrés disques d'or et ses concerts font régulièrement le plein grâce à la fidélité et l'attachement de son public.
Il est marié à Francine Nicolas, qui est également son manager au sein de leur société, Lilith Productions, et avec qui il a eu deux garçons, Hugo et Lucas pour qui il écrira "Septembre rose" et "Tita dong song". Il vit actuellement au centre ville de Dijon, mais possède depuis le début des années 1990 , une maison toute proche de la forêt de chaux.
La famille de Thiéfaine est originaire du village de Sampans, dans le Jura (son oncle y était curé), mais vivait à Dole. Fils d'une famille de six enfants, il passe quatre ans au petit séminaire pour devenir prêtre, puis s'inscrit à des études de psychologie à Besançon où il rencontre Tony Carbonare, futur collaborateur en tant que musicien, arrangeur et manager.
C'est avec lui qu'il ira à Paris tenter sa chance en 1971. Après des années très difficiles, à la demande de Tony Carbonare, il travaille avec le groupe Machin et réalise son premier album, Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir, composé de morceaux écrits dix ans auparavant. De la collaboration avec le groupe Machin et Tony Carbonare naissent au total trois albums dans lesquels les textes de Thiéfaine sont rehaussés par les arrangements baroques de Tony Carbonare. À partir de 1980, Thiéfaine s'oriente vers un style plus rock : citons l'album Soleil cherche futur qui a connu un certain succès avec la chanson "Lorelei sebasto cha" en 1982 et Alambic/Sortie sud, cosigné avec Claude Mairet à l'écriture musicale. Il enregistre deux albums aux États-Unis (Chroniques bluesymentales en 1990 et Fragments d'hébétude en 1993). Depuis les albums-miroirs La Tentation du Bonheur (1996) et Le Bonheur de la Tentation (1998), sa musique, volontiers mélancolique, s'ouvre aux nappes de synthétiseurs. En 1998, il remplit la salle de Bercy.
Son album Scandale mélancolique, sorti en 2005, porte bien son nom. Il y fait volontiers référence à un passé tantôt heureux, tantôt difficile, à un avenir incertain, ou encore à ses sources d'inspiration (le Jeu de la Folie). Le morceau Télégramme 2003, quant à lui, est un message de soutien à Bertrand Cantat. Sur cet album, Thiéfaine a choisi de collaborer avec de nouveaux musiciens, dont Matthieu Rabaté (batteur) et Philippe Paradis (guitariste), tous deux musiciens de Zazie. Il est l'auteur de tous les textes sauf un (That Angry Man on the Pier), et a laissé le soin à la jeune génération d'auteurs-compositeurs français (Cali, Mickey 3D…) de composer les musiques. Un album live enregistré lors du concert au Zénith de Paris le 17 novembre 2006 intitulé Scandale mélancolique tour a été également mis en vente.
Thiéfaine est sollicité en 2007 pour composer des chansons pour un nouvel album de Johnny Hallyday, de même que Paul Personne pour les musiques, le tout n'étant finalement pas retenu. Ce matériel sera la base de l'album Amicalement Blues, enregistré au Studio ICP à Bruxelles, qui sort le 12 novembre 2007. Une mini-tournée, qui passe entre autres par l'Olympia, suivra en 2008.
En mars 2009, pour les "un peu plus que 30 ans de carrière", sort un best-off (que Thiéfaine nomme "best-hier"), Séquelles, en 3 CDs, comportant un titre inédit, Annihilation.
L'une de ses chansons les plus connues, La fille du coupeur de joints, figurant sur son premier album, traite, sous un aspect festif, de la consommation de cannabis.
Parmi ses grands classiques Alligators 427, traitant de la peur de l'énergie nucléaire est surtout une ironique ode à la mort. Notons également Les dingues et les paumés ou Lorelei Sebasto Cha.
Chanteur-poète écorché vif, évoluant toujours aux marges du langage institué, il tire son inspiration d'écrivains comme Rimbaud, Baudelaire ou Lautréamont qu'il cite dans ses textes. Sa créativité n'a jamais perdu l'humour truculent (Psychanalyse du singe), voire le non-sens (22 mai) de ses débuts, mais le cynisme (La Terre tremble) et le désespoir (Crépuscule-Transfert) y ont une part plus importante. Il sait célébrer tous les plaisirs (Sentiments numériques revisités) : sexe, drogues... et rock'n roll. C'est le maître des ambiances à la fois décadentes (Cabaret Sainte-Lilith) et charmeuses, rejoignant souvent la puissance imaginaire et artistique d'un Manset, d'un Gainsbourg ou d'un Léo Ferré.
La "psychanalyse du singe" ne découle pas réellement d'un humour truculent. Ce que l'on appelle le "singe" est en fait une métaphore pour désigner l'attachement à une drogue créant une dépendance importante. Lire "Le festin nu" de William Burroughs. Le "singe" s'agrippe à votre nuque et ne la lâche plus... La "psychanalyse du singe" est donc un hommage à cet auteur américain de la beat generation, et une descente aux enfers dans le monde halluciné de la drogue. "Psychanalyse du singe" est assez représentative du livre de Burroughs. Hubert-Félix Thiéfaine ne trouve pas uniquement ses influences dans la poésie française, les auteurs de la beat generation forment une part importante de cette " influence ".
Ses textes sont des odes à la vie et à la mort. On rencontre l'éloge de la folie, de la littérature, de la drogue, et malgré tout, du genre humain... Hubert-Félix Thiéfaine est un auteur interprète incontournable de notre époque. Il a su mettre en musique, seul ou accompagné, ses propres œuvres, véritables représentations d'une ère déjantée et douloureuse. Hubert-Félix Thiéfaine est, à l'instar d'Arthur Rimbaud, de Carl Gustav Jung ou encore de Léo Ferré, le traducteur impénitent du mal-être profond de notre millénaire. Ses mots durs ou mélancoliques savent percer notre cœur et vagabonder jusqu'à l'âme.
DISCOGRAPHIE 2007 : Amicalement
blues
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Le blues des copains
Thiéfaine et Paul Personne signent un album
d'anthologie où ils mêlent avec bonheur leur sensibilité respective.
Si Johnny n'avait pas eu des démangeaisons blues, cet album n'aurait
certainement jamais existé. Tout naturellement, le staff de l'idole, à
l'instant de réunir un répertoire, fait appel au numéro un du genre en France :
Paul Personne. Le parolier semble, dès lors, tout trouvé : Hubert-Félix Thiéfaine. Trois titres voient ainsi le jour, «
retoqués » à l'examen final. Dommage pour la star ! Eux résument l'anecdote
en un ironique et surtout pas dépité : « Notre côté looser garanti ».
« On avait tellement d'idées tout d'un coup, ça nous a reconnectés », se
marre Paulot dans cette interview à deux voix menées sur le mode de l'humour.
H.-F. T. lui a déjà signé deux textes sur « Patchwork Electrique » en 2000. L'occasion est trop
belle et les deux décident de continuer. A l'arrivée, sous le titre «
Amicalement Blues », treize titres superbes voient le jour, classés dès la
sortie parmi les quinze meilleures ventes du moment. Ni l'un ni l'autre,
jusqu'alors, n'avaient connu ça. Plutôt habitués à s'imposer sur la distance.
Le duo s'en amuse presque, ravi de l'expérience menée à jet tendu entre
échanges de mélodies au son intense et des textes pleins de sens narrant de «
sombres »« Vraiment je sais plus, un fantôme
est en moi, j'ai perdu la vue, j'ai dû cramer la voix. » Thiéfaine a simplement écrit moins large, resserré
le propos sans s'évader de son univers habituel plutôt marqué... «
L'occasion fait le larron ! Le blues demande une forme d'expression plus
directe. Peut-être que dans l'avenir, ça va me déformer. » Le second parle
d'incroyables propos à la Dylan
portés par une musique basique.
Un trait d'union entre « Barjoland et Lorelei »
Sur les bandes qu'il envoie, Paul fredonne, Hubert s'ingénie à garder certains
sons. Avec ce procédé, pas question de rester des heures devant la page
blanche, de traîner sur une mélodie. Le tout n'en est que plus efficace, direct
avec ce commentaire : « Ce n'est ni du Thiéfaine,
ni du Personne ». Juste, un trait d'union entre « Barjoland et Lorelei » pour reprendre une expression de l'argumentaire du label en référence à des
morceaux de bravoure, quelque part symboles de l'histoire artistique de ces
deux-là.
Gloire acquise dans une marginalité sciemment entretenue, ils ne pouvaient que
finir par se rencontrer. A force de se croiser, de s'inviter réciproquement
pour partager un ou deux morceaux sur scène, une authentique amitié est née
dans une corporation où elle est si souvent, sinon toujours, de façade. Et puis
il y surtout cette révélation d'une vraie complicité dans le traitement de la
musique, la façon de trousser une chanson. Avec ses cordes façon Doors, «
Avenue de l'amour » sert d'introduction à une réalisation qui ne pouvait
décidément passer inaperçue. « Est-ce que tu te souviens, on n'était pas des
stars, plutôt un peu zonard au bord du rien ». Le tout est d'une rare
efficacité, détour compris par le Delta. « Paul pensait cuivres, moi
claviers ! » La formule choisie est autrement directe, sans inutiles
dentelles. La basse d'Arnaud Giroux - qu'on avait découvert plutôt rock sur la
dernière tournée de Thiéfaine - et un batteur «
venu du froid », Henka Johanson. A l'évocation de possibles concerts
communs, ils ne s'interdisent pas de participer à quelques festivals l'été
prochain.
Une histoire à deux voix
Voyage plein d'imprévus entre le Delta du blues et le nouveau millénaire.
A ceux qui s'étonneraient de retrouver Hubert-Félix Thiéfaine dans cette aventure, il rappelle son goût depuis longtemps avoué pour les
Doors, les Rolling Stones, Bob Dylan mais aussi le British et le Chicago blues,
le tout accompagné d'une belle collection de vinyles et d'ouvrages de
références. La rencontre entre H.-F. T et Paul Personne s'avère truculente.
S'en suit une explication sur la genèse du blues, éclôt dans un « périmètre
» où se concentraient les déracinements, l'exploitation, les excès de
toutes sortes et la douleur. On est loin des rêves blues de Hallyday, album sur
lequel Paul Personne a, malgré tout, été convié à poser sa guitare. Lequel
Johnny a d'ailleurs envoyé un mail de félicitations aux deux collaborateurs
potentiels finalement congédiés !
Dans la conversation, il sera également question du souci permanent de ne pas
sombrer dans le néorétro, le coup de nostalgie. L'historique, à deux voix,
revient sur le berceau du blues, le Mississippi, la variante urbaine et ce que
des gens comme les Them et les Yarbirds ont fait pour rendre populaire cette
musique au coeur des sixties.
« Nous avions envie de faire simple, roots, assimilable tout de suite. La
situation du monde, la condition humaine dans ce nouveau millénaire n'est pas
si différente de celle du début du siècle dernier. On aurait pu se laisser
emporter dans un truc un peu barré mais ce n'était pas le propos. »
Et s'il fallait encore justifier la présence de Thiéfaine dans une telle expérience, Paul Personne lance : « Sur tout ce qu'il a fait,
il est possible de réaliser une compilation de rock blues... Quand je suis
parti m'installer en Ardèche, un pote m'a fait écouter "De l'amour, de
l'art et du cochon". Quand je lui ai demandé de qui il s'agissait, il m'a
montré la pochette où Hubert porte ses bacchantes, où il ressemble à José Bové
! »
Cette expérience a quelque peu bousculé les projets de break que tous deux
faisaient pour dissiper les fatigues de récentes tournées et penser
tranquillement au futur. La nécessaire période de promotion terminée, chacun a
regagné sa campagne respective tout en avouant le projet de mettre de l'ordre
dans les « brouillons » de chansons déjà écrites pour de futurs albums,
solos ceux-là.
2005 : Scandale mélancolique 2001 : Défloration
13 1998 : Le bonheur de la tentation 1996 : La tentation du bonheur 1993 : Fragments d’hébétude 1990 : Chroniques bluesymentales 1988 : Eros über
alles 1986 : Météo für
nada 1984 : Alambic /
Sortie Sud 1982 : Soleil cherche futur 1981 : Dernières balises avant mutation 1980 : De l’amour, de l’art ou du cochon 1979 : Autorisation de délirer 1978 : Tout corps vivant branché sur le
secteur…






















